La Chevêche d'Athéna de Saint Laurent

Valérie et Alain Leduc (texte et photos)

Historique :
Eh non, il ne s'agit pas de la Chevêche d'un certain couturier mais simplement de la chouette qui niche chez nous depuis maintenant 8 ans.
En 1998, quand nous avons acheté notre maison " Rue Saint Laurent " à Anor, nous nous sommes vite aperçus que la petite Chevêche d'Athéna avait élu domicile chez nos voisins. Une maison semblable à la notre, une sorte de petite fermette.
D'après nos déductions, le nid devait se trouver dans l'une des cavités ouvertes dans le mur de façade, sous le toit (cela permettait de laisser passer l'air pour assurer la ventilation du fourrage dans le grenier). Tous les jours, nous pouvions observer le couple qui s'installait volontiers sur la cheminée.
Début 2001, la maison a été vendue et les nouveaux propriétaires se sont empresser d'y faire de nombreux travaux. Vous devinez la suite, les trous furent obstrués par des briques toutes neuves. Mais avant toute manœuvre pouvant tuer la chouette, nous avions eu le temps de prévenir notre nouveau voisin, en lui demandant de faire la vérification de l'absence de l'oiseau au fond de la cavité avant de reboucher.
L'habitat de la Chevêche ayant disparu, cette même année, nous avions installé un nichoir à Chevêche dans le vieux Merisier couvert de Lierre tout au fond du jardin.

Le nichoir a été installé aussitôt que possible après la disparition du site de nidification.
Il s'agit d'un nichoir de forme allongée, classique (on trouve les plans sur internet).
L'orientation du trou est plein Est, cela pour éviter les inondations car les pluies venant de cette direction sont peu courantes.

A l'intérieur, nous avons mis une petite litière de terreau en fond. Cette astuce rend le nichoir attractif car cela reproduit assez bien les trous d'arbre.

Il fallait s'en douter, le nichoir ne fut pas occupé par la Chevêche d'Athéna la première année. C'est un couple d'Etourneaux sansonnet qui y élira domicile au mois d'avril 2001.

Cependant, Les chouettes que nous entendions crier et chanter très régulièrement s'étaient tues depuis. Sur la cheminée, plus rien… Et si finalement, le voisin les avait emmurées ?

C'est une hypothèse que nous n'avons jamais rejeté complètement car ces petites chouettes sont très démonstratives même dans la journée. Elles n'hésitaient pas à manifester leur présence par des apparitions et des cris puissants. De plus, elles étaient farouchement attachées à leur territoire et ne faisaient pas dans la dentelle dès qu'un intrus se présentait sur leurs terres (mêmes les humains ont droit aux assauts !).

 

Mais que ce passe-t-il dans le merisier ?

Avril 2002, le couple d'Etourneau sansonnet est revenu au fond du jardin. Visiblement, les oiseaux apportaient des matériaux, de la paille. Qu'elle déception !
Puis, après quelques jours, en pleine journée, nous avons pu entendre des cris d'excitation, dans l'arbre. Les étourneaux semblaient très perturbés et volaient de façon étrange. Ils n'osaient plus s'approcher du nichoir.

Le soir, un affût s'imposa afin de vérifier ce à quoi nous pensions.

C'était bien elle ! La chevêche d'Athéna était bien posée sur le piquet en béton du coin du jardin. C'était la première fois que nous la voyions depuis plus d'un an.

Ce soir là nous resterons discrets.

Les jours suivants, nous pourrons la voir régulièrement, les soir en fermant les volets pendant au moins 3 semaines.
Etait-elle seule ?

A ce moment là, rien ne permettait de dire avec certitude s'il y avait un couple car nous n'avions pas entendu les oiseaux chanter ces derniers temps.

L'installation du couple dans notre jardin :

Le nichoir est occupé !

Au début du mois de juin, 22h, nous sommes dans le jardin, il fait beau. Des chuintements attirent notre attention. Cela vient du vieux merisier.
Nous nous approchons doucement, nous nous installons sous le nichoir et nous écoutons attentivement. Le nichoir bouge, se balance. Il n'y a pas de vent.
Tout à coup, une tête familière apparaît au trou. Une jeune Chevêche d'Athéna, vient observer l'environnement dans lequel elle évoluera bientôt. Elle penche la tête et nous regarde. Elle est intriguée par notre présence mais elle n'a pas peur. Nous aurons le temps de la photographier sous toutes les coutures.

N'est-elle pas mignonne ?

Nous pensons que cette année là, il y aura au moins 3 jeunes.


Aperçu sur la biologie de la Chevêche d'Athéna qui niche à saint Laurent :

Nous pouvons identifier aisément le mâle qui est gris, de la femelle qui est marron et un peu plus grosse que lui.

La période nuptiale commence vers la fin du mois de mars. Le mâle chante généralement dès le soir tombant mais il peut vocaliser en pleine journée (tout dépend de l'état d'excitation).
Dès la mi-avril, en fin de journée, le couple est visible au abord du nichoir. Les oiseaux y dorment peut-être ensemble car nous avons le souvenir d'avoir vu le couple disparaître dans " la boîte ".
La ponte a lieu à cette date, L'incubation dure environ 28 à 29 jours, assurée par la femelle qui est nourrie par le mâle. Les poussins sont nidicoles (restent au nid). Ils sont nourris par les deux parents, mais c'est le mâle qui produit la nourriture pendant les deux premières semaines pour la famille entière. Les jeunes quittent le nid au bout de 35 jours environ.
L'émancipation forcée des juvéniles intervient vers la fin du mois de juillet. Nous pouvons nous en rendre compte facilement car c'est à cette époque que le mâle recommence à chanter avec force, même en pleine journée et de façon très prolongée (il est fort probable que cela permette aux jeunes de mémoriser le chant). Le mâle et la femelle sont ensemble, visibles en pleine journée sur les perchoirs habituels.
La nuit c'est la même sérénade avec des cris d'excitation envers les jeunes qui se réfugient en restant groupés au sommet des piquets électriques (quelles acrobaties !).

Au mois d'août, le calme revient peu à peu. L'automne approche, par périodes de deux ou trois jours, le mâle chante.

En hiver, les oiseaux sont très silencieux, parfois ils crient lorsqu'ils sont dérangés. Il semble que la femelle reste seule sur le site.



Illusion et bluff !

Madame Chevêche est perchée sur son piquet habituel. Il semblerait qu'elle nous regarde. Que nenni ! C'est le dessin de ce V Blanc qui est sur sa nuque à l'arrière de sa tête qui nous trompe. Où sont passés les beaux yeux jaune-vif ?
Ils sont restés de l'autre côté… Alors pour qui est ce stratagème ?

Quelques observations remarquables :

Juin, c'est la fin de la journée, le vent souffle du Sud-Ouest. Mon regard est attiré par un oiseau faisant le " saint esprit " (vol sur place) au-dessus de la pâture en face de la maison. Visiblement, il ne s'agit pas d'un Faucon crécerelle, oiseau familier de cette technique de chasse (la Buse et la Bondrée apivore font la même chose occasionnellement). Dans les jumelles se confirme ma première impression : une Chevêche d'Athéna chasse en pratiquant cette technique avec une certaine maîtrise. Malgré les battements d'ailes énergiques, la tête reste immobile, scrutant le sol à la recherche de proies. Elle se laissera tomber plusieurs fois en refermant les ailes le long du corps et recommencera cet exercice pendant un bon quart d'heure. Je pense que la technique de chasse employée par la chouette était devenue nécessaire à cause de la hauteur de la végétation. La chasse à l'affût devant se trouver inopérante dans ce cas de figure.

L'hiver est bien installé, le froid est vif. Le soir, Valérie ouvre la fenêtre donnant sur le jardin pour fermer les volets. Devant elle (à 10m), la Chevêche est posée sur le tas de bois. Elle lui tourne le dos et regarde avec insistance la pâture. Alertée par le bruit, la petite chouette se retourne et regarde mon épouse. Apparemment cette personne qui l'observe ne la gène pas. Non, ce qui l'inquiète, c'est ce qui se passe dans le pré car elle se remet aussitôt à fixer un point précis dans la haie avec cette attitude typique de " l'oiseau monté sur ressorts ". Finalement, elle saute et se cache entre les bûches juste devant Valérie.
Visiblement, la chouette avait peur. Il n'est pas improbable que la femelle Epervier d'Europe qui passait tous les soirs devant la fenêtre soit à l'origine de ce tracas.

Mi-Juillet, le soir est bien installé. En fermant les volets, nous pouvons observer deux juvéniles ensemble au pied du merisier. Comme ils se rendent compte que nous les regardons, ils reculent lentement d'un même pas dans le grand terrier de Lapin de garenne qui a été creusé au pied de l'arbre, bien abrité par la haie. Ils y disparaissent.



Printemps (mi-avril), Valérie a décidé d'aller ramasser la terre de taupinière dans le jardin (l'idéal dans les pots de fleurs). La Chevêche qui était posée dans le merisier, vient vers elle en criant et à la dernière seconde fait un crochet pour aller se cacher dans le tas de bois à 10 m. Intriguée par ce comportement, mon épouse vient nous informer, Jean-Charles et moi, de cette attitude de l'oiseau. Nous allons ensemble dans le jardin où nous sommes accueillis de la même façon. Finalement, la chouette ira alarmer sur la cheminée de la maison.
C'est le comportement typique d'un oiseau défendant son territoire en pleine période nuptiale. Il s'agissait donc du mâle, qui n'était pas content de nous voir chez lui !


Mi-juillet, en fin d'après-midi, il fait beau, nous sommes installés dans les fauteuils dans le jardin. Nous pouvons observer la femelle du couple en train de chasser les criquets et les vers de terre dans la pelouse. Ce qui est amusant, c'est que la Chevêche se trouve au milieu des Lapins de garenne qui broutent tranquillement (il y en a beaucoup cette année). Aucune agression entre les différents protagonistes pourtant, certains, bien petits, pourraient faire des bonnes proie.

Il y a quelques années, 2 fois par an (mai et septembre), l'association du Stock Car d'Anor organisait une rencontre avec des courses de bolides " bon pour la casse ". Cela se passait de l'autre côté de la vallée des Anorelles, à 1 km de chez nous. Pendant toute la durée de cette compétition, la Chouette Chevêche n'arrêtait pas de crier et en particulier lors des vrombissements de moteurs. Y avait-il des fréquences indésirables ? Même chose avec les sirènes de la ducasse…

Août, en revenant de vacances, nos voisins retrouvent un juvénile de Chevêche dans leur cheminée. La petite chouette était morte, momifiée…

Le Merle noir qui aime bien houspiller les rapaces, ne se gène pas d'embêter la Chevêche du jardin. Elle lui rend bien, tous les ans, nous retrouvons des plumées de Merle pendant la période d'élevage des jeunes.

Quelle est la situation de la chouette Chevêche d'Athéna ?

Nationalement, l'espèce se trouve en déclin modéré. La principale cause de cette baisse est la disparition de l'habitat de référence de l'oiseau.
Jean-Charles Tombal, l'explique très bien dans l'Atlas " Les oiseaux de la région Nord-Pas-de-Calais période de 1985 à 1995 / le Héron GON" :
Je cite : " dans la région, l'histoire de ce petit prédateur de micromammifères, d'insectes et de vers de terre est liée à celle des milieux agricoles. "
Actuellement, la région abrite encore quelques beaux noyaux de population. Les Parcs naturels régionaux ont souvent fait de la préservation de la chouette Chevêche d'Athéna un axe prioritaire de leur action.
La conservation des milieux bocagers et des haies composés d'arbres têtards et de vergers avec des vieux arbres est indispensable à la pérennité de l'espèce sur le territoire.
C'est pourquoi, quand les conditions le permettent, il ne faut pas hésiter à poser des nichoirs.