Le houblon.
Texte et photos : Bernard GRZEMSKI



" Garchon, un d'mi ! " Voilà ce que vous ne pourrez manquer d'entendre aux terrasses des cafés, notamment les jours de grande chaleur. Un d'mi, une mousse, un bock, une pinte, une bibine (quoique plus péjoratif car désignant une boisson de moindre qualité), un jus d'houblon, sont également des expressions qui toutes, qualifient la boisson reine des régions du Nord, la bière. Qu'elle soit blonde, brune, ambrée, blanche ou rousse, la bière est de tous les repas ; elle fait partie des ingrédients dans certaines recettes de cuisine. Elle se vend en canettes, en bouteilles d'un litre, en tonnelets, au mètre !!! Bref, il en existe des centaines de sortes différentes. Certains villages recréent même des petites brasseries et sont fiers de vendre leur bière. Fabriquer sa bière est une occupation à laquelle s'adonnent certains particuliers.
La bière est une boisson fermentée que l'on fabrique dans les brasseries. Le brassage est la première étape : le moût (mélange d'eau de malt et de sucre) est préparé puis porté à ébullition, on y ajoute alors le houblon. Puis, ensemencé d'une levure, le moût est mis en fermentation, c'est la seconde étape. Reste la mise en bouteilles, et la dégustation (avec modération !).
Mais au fait, qu'est-ce-que le houblon ? Où le trouve-t-on ? Qu'apporte-t-il à la boisson ?

Le houblon ou Vigne du Nord, est une liane qui peut atteindre dix mètres de long notamment dans ses formes cultivées. C'est une plante vivace que l'on peut rencontrer dans toute la France même si elle est plus rare en région méditerranéenne, à condition toutefois que le terrain soit riche en matières nutritives et bien pourvu en humidité. Le houblon supporte parfaitement le calcaire. Ses feuilles sont opposées, longuement pétiolées, grossièrement dentées. Elles rappellent un peu celles du cannabis, ces 2 plantes appartenant à la même famille botanique : les Cannabacées. Cordées à la base c'est-à-dire en forme de cœur, elles possèdent de 3 à 5 lobes terminés en pointe et ressemblent donc, à s'y méprendre, aux feuilles de vigne ; seule différence, elles sont opposées chez le houblon, alternes chez la vigne. Les tiges s'enroulent sur leur support (arbuste, poteau…) dans le sens des aiguilles d'une montre. Les fleurs mâles et femelles étant portées par des sujets différents, on dit que c'est une plante dioïque. Les fleurs mâles sont insérées à l'aisselle des feuilles. Les femelles se présentent sous la forme de cônes écailleux, ovales, pendants, et sont portées par des pédoncules nettement visibles. Le transport du pollen des fleurs mâles vers les fleurs femelles est assuré par le vent. Confier au vent une mission d'une telle importance (faire atterrir un grain de pollen de quelques microns sur la partie fertile d'une fleur femelle située parfois à plusieurs centaines de mètres) n'est pas sans risque.

 

En effet, combien de grains de pollen s'égareront, tomberont au sol ou dans l'eau ? Combien auront la chance d'arriver à bon port ?
Pour mettre toutes les chances de son côté, la Nature a pourvu les pieds mâles du houblon de nombreuses grappes contenant chacune plusieurs dizaines de fleurs et pouvant produire des millions de grains de pollen, augmentant ainsi les chances que quelques-uns d'entre eux arrivent à destination.


Le houblon est encore cultivé en Alsace et dans les Flandres ; ce sont les cônes non fécondés qui entrent dans la fabrication de la bière et lui apportent son amertume. Ils sont récoltés au mois de septembre et séchés à une température avoisinant les 40°.

 

Ils contiennent une poudre jaune, la lupuline qui est précieusement récupérée et ajoutée en quantité minime au moût (quelques grammes par litre). C'est la lupuline qui donne le goût amer et qui se révèle être, en outre, un conservateur naturel. Les jeunes pousses du houblon sont consommées comme des asperges ; on en fait également d'excellentes tartes. Les feuilles ont été données comme fourrage aux bestiaux. Les propriétés sédatives de la plante sont exploitées par certains insomniaques qui remplissent leur oreiller de ses feuilles séchées afin de retrouver le sommeil. Cette méthode était également connue en Allemagne pour favoriser le sommeil des enfants agités. Le jour où des chercheurs découvrirent dans le houblon un puissant phytoestrogène, on comprit pourquoi les femmes qui travaillaient dans les houblonnières avaient leurs règles décalées. La présence de cette hormone augmente par ailleurs la production de lait chez les jeunes mamans, c'est pourquoi la consommation modérée de bière était conseillée dans certaines maternités. Chez les hommes une consommation exagérée de bière a des effets anaphrodisiaques. En Europe centrale, il existe encore une coutume qui consiste à coiffer les jeunes mariés de couronnes de houblon pour leur porter chance. Dans les régions du Nord et de l'Est, là où le houblon est plus abondant, il est utilisé comme lien , ainsi que pour le tressage de paniers.


Bibliographie :
La Garance voyageuse n°82 Guillaume Lemoine.
Flore forestière française J.C. Rameau D.Mansion G.Dumé