Regard sur nos vieux murs.

Photos et texte : Bernard GRZEMSKI


Le monde vivant tend à coloniser tout espace vierge ou disponible. Les constructions humaines n'échappent pas à la règle : vieux murs, édifices, toitures...Avec des réserves en eau réduites, un substrat quasiment nul, un ensoleillement dépendant de l'exposition, elles constituent des milieux particuliers.
Et pourtant une observation minutieuse révèlera que de nombreuses espèces végétales les colonisent. Au regard de ces richesses, certains vieux murs mériteraient d 'ailleurs d'être classés.

Intéressons-nous aujourd'hui aux fougères de petite taille que l'on peut y rencontrer.
Les fougères ? Ce sont des plantes sans fleurs, donc sans graines, qui se reproduisent par des spores et que tout le monde a déjà vu, surtout en forêt. C'est là en effet qu'elles s'épanouissent pleinement pour le peu qu'elles y trouvent de l'ombre (mais pas trop), un sol et une atmosphère riches en humidité. Dans ces conditions, leurs frondes peuvent atteindre 1 mètre de haut, voire davantage pour la Fougère aigle (Pteridium aquilinum). En plus d'être riche en eau, le sol doit être meuble, plus ou moins profond pour ces espèces dites terricoles.

Mais il en existe d'autres, les saxicoles, c'est à dire celles qui se développent en l'absence de véritable sol. Elles se rencontrent sur les parois rocheuses, les vieux murs. C'est à la faveur du peu de terre et d'humidité que leur procurent les anfractuosités de la roche ou les joints des pierres qu'elles peuvent s'installer. Certains types d'adaptation leur permettent de survivre à la sécheresse (c'est notamment le cas des espèces que l'on rencontre dans les régions méditerrannéenes).



- racines enfoncées au plus profond des fissures de la roche.

- limbe plus épais, recouvert de poils ou d'écailles limitant l'évapotranspiration.

- phénomène de reviviscence bien connu chez Ceterach officinarum. En période de grande sécheresse, les feuilles s'enroulent, seule la face inférieure couverte d'écailles est visible ; la plante perd une grande partie de son eau et entame alors une vie au ralenti. Mais à la première pluie, les cellules se réhydratent et la plante retrouve son aspect normal.

- cycle végétatif modifié faisant correspondre période de repos avec période de sécheresse.

 

Huit espèces de fougères peuvent être observées sur les vieux murs de notre région. Même si elles sont facilement identifiables, l'examen de la forme du limbe et des sores permettra de confirmer la détermination. Avant de dresser leur carte d'identité, commençons par une petite leçon de vocabulaire.

Les 3 espèces les plus communes sont ; la Rue des murailles (Asplenium ruta muraria), la Capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) et le Polypode vulgaire (Polypodium vulgare), celui-ci se rencontrant surtout en forêt.

Bibliographie :
Les fougères et plantes alliées Rémy Prelli Editions Belin
Connaître et reconnaître les fougères et plantes alliées des Ardennes Arnaud Bizot
Société d'histoire naturelle des Ardennes