DOSSIER PELOTES DE RÉJECTION
Alain Leduc


Longtemps décriés comme " oiseaux de mauvais augure " ou " destructeurs de gibier ", les rapaces ont subi dans les années 1960 et 1970 de lourdes pertes qui ont amené certaines espèces au bord de l'extinction (aigles, faucons, vautours, chouettes…). Ces destructions avaient été commises par ignorance et malveillance. Les scientifiques, les naturalistes, ont depuis prouvé que les préjugés dont avaient à souffrir ces oiseaux ne reposaient sur aucun fondement, que la notion de " nuisibles " était une aberration écologique. L'analyse des pelotes de rejection fut l'un des moyens mis en œuvre pour réhabiliter les rapaces.
Aujourd'hui, ils sont tous protégés par la loi. Même s'ils servent encore de cible à quelques-uns, il faut admettre que cette protection est efficace et que de nombreuses espèces ne sont plus en danger.


Les pelotes de réjection ? Qu'est-ce que c'est ?

Ce sont des boulettes grisâtres que l'on découvre parfois sous les épicéas, au pied d'un piquet de pâture, d'un mur ou dans les greniers et que l'on confond souvent avec de vulgaires " crottes ". En les regardant de plus près, vous remarquerez de petits bouts d'os de toutes sortes qui dépassent de ces prétendues " crottes ", qui d'ailleurs ne sentent pas mauvais du tout !

Cela demande quelques explications…

Si vous vous décidez à ouvrir une de ces pelotes, vous pourrez voir de nombreux os, des crânes, enrobés de poils très serrés. Mais ne dirait-on pas un squelette de souris ou d'un autre animal qui lui ressemble ? Vous avez vu juste !
C'est à partir de cette constatation que des scientifiques ont eu l'idée d'ouvrir les pelotes pour déterminer le régime alimentaire des rapaces. Il suffit de repérer l'oiseau qui fait ces pelotes, de les ramasser (en grand nombre c'est mieux) et de les analyser en identifiant les squelettes des micromammifères (c'est comme ça que l'on appelle les souris, les mulots, les campagnols…) qui sont à l'intérieur.

Il faut savoir que dans l'estomac du rapace, le petit mammifère qui a été avalé d'un seul tenant, est soumis à l'action des sucs digestifs qui détruisent les chairs mais laissent les poils et les ossements presque intacts. Ces résidus, sous l'action d'un mouvement de rotation hélicoïdal, s'agglomèrent entre eux jusqu'à former progressivement une masse ovoïde que le rapace va régurgiter au bout de quelques heures. C'est cette petite boule grisâtre, allongée et souvent pointue à l'une de ses extrémités que l'on appelle pelote de réjection. Cette formation évite au rapace une digestion longue et difficile. Les rapaces rejettent en moyenne deux à trois pelotes par jour, ces pelotes pouvant contenir les restes de plusieurs petits mammifères. A noter que beaucoup d'autres oiseaux ayant un régime alimentaire omnivore/carnivore comme la Corneille noire, la Pie bavarde, ou piscivore comme le Martin-pêcheur, le Héron cendré font aussi des pelotes de rejection.


Si vous voulez aller plus loin dans l'analyse passionnante des pelotes, voici quelques conseils

a) Préparer la récolte et la séance de dissection.
b) Savoir identifier l'oiseau qui a fait la pelote.
c) Savoir identifier le contenu de la pelote


a) Préparer la récolte et la séance de dissection :

Lorsque l'on a prévu une sortie nature dont l'objectif est de récolter des pelotes de réjection, il est important de prendre toute une série de boîtes dans lesquelles on va classer les précieuses boulettes trouvées ça et là. Le principe est le suivant : une boîte pour chaque endroit de collecte, soigneusement étiquetée, avec le nom du lieu de ramassage, le nombre de pelotes et les quelques indices révélateurs sur l'identité du coupable.

De retour à la maison, commence l'examen des pelotes. Avant toute dissection, il faudra les faire tremper dans un gobelet rempli d'eau tiède ce qui facilitera la séparation des os et des poils. Préparer une bonne pince à épiler pour saisir les ossements et une aiguille de couture pour dégager les amas de poils à l'intérieur des boîtes crâniennes ou sur les os.

Une assiette plate, de couleur blanche ou une feuille de plastique rigide de même couleur vous permet d'étaler les contenus et facilite l'estimation du nombre de proies (comptez le nombre de crânes et validez le résultat en divisant le nombre de mandibules par deux).

Pour un bon nettoyage des os, un passage de ceux-ci dans un récipient contenant une solution d'eau de Javel diluée à 20 % les blanchira.

Si vous n'avez pas le temps de disséquer toutes les pelotes, il faudra les faire sécher correctement puis les enfermer hermétiquement dans un pot avec une ou deux " boules à mites ", ce qui les protègera des voraces Dermestes, petits coléoptères détritivores qui, aussi bien au stade larvaire qu'adulte, adorent se nourrir des poils et autres matières sèches des pelotes de réjection, les rendant souvent inutilisables pour l'analyse.

b) Savoir identifier l'oiseau qui a fait la pelote :

Chaque oiseau a sa signature. Voici quelques dessins qui vont vous permettre de vous y retrouver. Il s'agit d'espèces que l'on va rencontrer facilement dans l'Avesnois.


Les proies, quelques repères pour identifier les familles

LES MICROMAMMIFÈRES INSECTIVORES

Ils se nourrissent en grande partie d'insectes. Par conséquent, ils possèdent des dents très pointues qui leur permettent de venir à bout des carapaces de Coléoptères, et autres insectes possédant une armure en chitine très résistante. On trouve dans cette famille les Musaraignes (proies favorites de la Chouette effraie) et la Taupe (peu courante dans les pelotes). Voici les dessins très caractéristiques des crânes.

LES MICRO-MAMMIFÈRES RONGEURS

On les reconnaît facilement à deux choses :
- des incisives très développées de couleur jaune ou orangée.
- un espace entre les molaires et les incisives : la barre.

On distingue deux grandes familles de rongeurs :
a) ceux qui ont des dents munies de racines (comme chez les humains) : les muridés (les Mulots, la Souris, le Lérot).
b) ceux qui ont des dents sans racines (comme chez le Lapin) : les arvicolidés (les Campagnols, les Rats taupiers).

Quelques illustrations de Philippe Vanardois tirées du livre : " Les mammifères de la région Nord - Pas-de-Calais " (GON, 2000) et reproduites avec son autorisation vont vous permettre de faire connaissance avec quelques micromammifères, proies favorites des rapaces.

 

LES OISEAUX

Ce sont surtout des passereaux, difficiles à distinguer les uns des autres. On les retrouve souvent en entier dans les pelotes de Chouettes effraies qui nichent dans les bâtiments de ferme et qui sont devenues expertes dans la capture de ces proies. En ce qui concerne la pelote d'Epervier, grand spécialiste des oiseaux, seuls persistent quelques reliefs d'os et beaucoup de plumes.

Compléments

Les sources sans lesquelles le " dossier pelotes " n'aurait pu être réalisé :
Les proies de rapaces (J. Chaline, H.Baudvin, D.Jammot, M-C. Saint Girons) Editions DOIN.
La Hulotte n° 25 " Dossier Hulotte, les pelotes de réjection ".
Les mammifères de la Région Nord-Pas-de-Calais - Distribution et écologie des espèces sauvages et introduites - période 1978-1999 (Fournier A., coord. 2000). [Ouvrage toujours disponible auprès du secrétariat du GON (03.20.53.26.50).]
Les Oiseaux de la Région Nord - Pas-de-Calais - Effectifs et distribution des espèces nicheuses - Période 1985-1995 (Tombal JC., 1996). [Ouvrage épuisé sauf quelques exemplaires encore disponibles auprès de la bibliothèque Aves.]
Dessins des rapaces et oiseaux : Alain Leduc.
Dessins et aquarelles des micro-mammifères : Philippe Vanardois (06.88.75.05.73)
Dessins humoristiques : Thomas Leduc.