Les Prêles : un héritage de la préhistoire.


Textes et photographies de Bernard Grzemski

"-vous connaissance d'utilisations particulières de cette plante?" demandais-je un jour à un habitant d'un petit village de la Drôme en lui montrant une Prêle. Voici sa réponse:"Je me souviens d'un paysan qui, tout au long de la semaine, en cueillait dans ses champs. Le soir, il en fabriquait des tampons (les cossoudous) qu'il allait vendre ensuite sur le marché de la ville. C'était dans les années 30; à cette époque j'allais moi-même vendre mes fruits à Cavaillon. Ici à Pierrelongue je sais que Philomène utilisait toujours un de ces tampons qu'elle dissimulait dans une cache du canal lorsqu'elle venait y faire sa vaisselle. Et je peux vous dire qu'elles brillaient ses casseroles!!!"
(A cette époque, l'eau courante n'existait pas, la vaisselle et la lessive se faisaient dans le canal, dérivation de l'eau de la rivière. Celui-ci traversait le village, alimentait le lavoir et permettait l'irrigation des jardins).



Les Prêles font partie des Ptéridophytes, ces plantes feuillées généralement munies de racines, qui possèdent des éléments conducteurs de sève et dont la reproduction est assurée par des spores. Elles sont apparues sur Terre au Dévonien, c'est-à-dire au milieu de l'ère primaire, il y a environ 395 millions d'années. A cette époque, nombre d'entre elles se présentaient sous une forme arborescente, comme les Calamites par exemple. Mais c'est au Carbonifère (-345 millions d'années) que la diversité de ces plantes fut la plus importante. De nombreux fossiles retrouvés dans les couches de charbon du bassin houiller régional témoignent de la présence des Prêles en ces temps reculés.
De nos jours, seules subsistent les espèces herbacées; elles constituent le genre Equisetum.
Toutes les fougères font également partie des Ptéridophytes; certaines d'entre elles ont été présentées dans le n°9 de la Feuille d'Aubépine.

Mais revenons à nos Prêles. Elles furent les premières à coloniser les terres émergées et dominèrent donc les paysages pendant la seconde moitié de l'ère primaire. Ce n'est que bien plus tard, au début de l'ère tertiaire (-65 millions d'années) qu'apparurent les premières plantes à fleurs. Les Prêles que nous connaissons aujourd'hui ont traversé les âges en conservant un mode de reproduction qui n'a pas évolué, et qui, comme nous le verrons plus loin, est totalement dépendant de l'eau; les plantes à fleurs, quant à elles, sont bien plus performantes en utilisant le vent, les oiseaux, les insectes…pour assurer leur reproduction.

La partie aérienne des Prêles se compose d'une tige dressée, plus ou moins cannelée suivant les espèces. A chaque nœud de cette tige on peut observer un verticille de petites feuilles soudées à la base; elles forment ce que l'on appelle la gaine qui entoure la tige. La petite taille de ces feuilles ne leur permettant pas de réaliser seules la photosynthèse et donc la nutrition de la plante, c'est la tige verte qui assure en grande partie cette fonction.
Très souvent, à chacun des nœuds, apparaissent des rameaux verticillés dont la structure articulée (c'est-à-dire formée de plusieurs tronçons séparés par des nœuds) est comparable à celle de la tige. Tout ceci donne aux Prêles leur silhouette caractéristique.


La partie souterraine est constituée d'un rhizome lui aussi articulé. Sur chacun de ces nœuds apparaissent les tiges aériennes. On peut donc dire qu'il existe une certaine analogie entre ''l'architecture'' de la tige et celle du rhizome.

Chez certaines espèces de Prêle, des tiges non chlorophylliennes sortent de terre au tout début du printemps, bien avant les tiges vertes. De couleur marron, brun clair, elles portent les organes reproducteurs:les sporanges. Ceux-ci sont regroupés au sommet des tigesen une sorte de cône: l'épi sporifère. Les sporanges contiennent les spores. Celles des Prêles sont très sensibles aux variations du taux d'humidité ambiante; elles sont munies de 4 élatères, sortes de fines languettes qui ont la particularité de s'enrouler autour de la spore si l'atmosphère est humide (photo 1) ou de s'étaler si l'air est plus sec(photo 2); ils peuvent passer brusquement d'une position à l'autre et ce sont ces mouvements répétés qui favorisent la dispersion des spores.

 

 




La Prêle des champs: (Equisetum arvense)

Les tiges fertiles, non chlorophylliennes, plus grêles que chez Equisetum telmateia, hautes de 15 à 20 cm, terminées par un épi sporangifère, se développent au tout début du printemps..

Quant aux tiges végétatives, elles portent des verticilles de rameaux régulièrement étagés. Elles portent également de 5 à 20 sillons longitudinaux séparés par des côtes bien marquées. Cette plante est adaptée à des milieux très variés, siliceux ou calcaires, humides ou relativement secs, ombragés ou non.
Selon les auteurs, le nom français de Prêle vient de asprelle, lui-même dérivé du latin asper, asprum qui signifie âpre. Pour d'autres il viendrait du grec esprelle, mot utilisé pour désigner ce qui est propre (il est vrai que la Prêle fut longtemps utilisée comme tampon à récurer). Quant au nom latin equisetum, il dériverait du mot equus, cheval et seta, crin (queue de cheval). Tous les noms communs de la plante font allusion à cette étymologie; queue de renard, queue de cheval, queue de rat.
Si certains artisans ont pu tirer profit de cette propriété de la plante, d'autres la craignaient car ses tiges sont si dures qu'elles peuvent émousser les lames en acier; à l'époque où les récoltes étaient fauchées à la main, les paysans redoutaient donc sa présence dans les cultures.
Il était autrefois coutumier d'accrocher aux murs des maisons des bouquets dont chacun avait une signification toute particulière. Par exemple, accrocher un bouquet de fleurs de Sureau à la porte d'une jeune fille signifiait que celle-ci n'était pas très courageuse et qu'elle serait une mauvaise épouse.
On accrochait un bouquet de Prêle aux volets d'une jeune femme pour la prévenir qu'un cadeau de valeur lui serait offert le jour de sa fête.

Bibliographie

-Mystérieuse Prêle- Bernard Bertrand Editions de Terran
-Les Fougères et plantes alliées- Rémy Prelli Belin
-Nouvelle flore de Belgique, du GD de Luxembourg, du Nord de la France et des régions voisines- J Lambinon JE de Langhe L Delvosalle J Duvigneaud : Editions du patrimoine du Jardin botanique de Belgique.