Le Prie-Dieu…

Photos et texte B Grzemski

…n'est pas toujours cette chaise à 2 niveaux (l'inférieur pour les genoux et le supérieur pour les coudes) qui permet de s'agenouiller pour prier. Pour les naturalistes, il s'agit d'un insecte, Mantisreligiosa, alias Prie Dieu en Provence ; on l'appelle encore religieuse, comme ces femmes qui offrent leur vie à Dieu et qui sont entièrement dévouée à leur prochain. En ce qui concerne la Mante religieuse, je peux vous assurer que telle n'est pas sa philosophie, et qu'elle n'a rien d'une sainte !!

 

 

Cet insecte, nous pouvons le rencontrer, dès la fin du printemps, dans le village ou ses abords immédiats souvent dans les endroits bien ensoleillés. Il suffit pour cela de faire preuve de curiosité, d'ouvrir l'œil et le bon ; en effet, sa tenue de camouflage, verte ou brune lui permet de se fondre dans le milieu environnant. Elle mesure de 6 à 8 cm de long, et ressemble vaguement à la grande sauterelle verte. Cependant, lorsqu'on y regarde de plus près, elle s'en distingue par ses longues pattes antérieures, munies de nombreuses ''piques'' acérées. Celles-ci lui donnent un air de petit monstre et peuvent provoquer un mouvement de recul chez les âmes sensibles.

Sa tête, de forme triangulaire, est orientable à 180°, et ses gros yeux proéminents, très écartés lui offrent une excellente vision dans toutes les directions. Entre les yeux sont implantés 2 longues antennes recouvertes de sensilles, sorte de petits trous qui captent les odeurs, la chaleur, l'humidité… Au moment de la reproduction, c'est grâce à elles que seront détectées les phéromones, substances chimiques émises par les individus de sexe différent, qui permettront le rapprochement sexuel et la formation des couples. C'est encore grâce à ces antennes que la Mante religieuse pourra se repérer dans son environnement, entre en contact avec d'autres individus. Situées entre les antennes, 3 ocelles disposés en triangle assurent le captage des vibrations de l'air ; grâce à ce dispositif, tout insecte volant ou se déplaçant à proximité de la Mante religieuse sera immédiatement repéré et deviendra une proie potentielle. Tous ces moyens de détection font de la religieuse un prédateur particulièrement redoutable. Et ce n'est pas tout ! Munies d'épines acérées qui en feraient frémir plus d'un, ses 2 pattes antérieures, appelées ''ravisseuses'' semblent montées sur ressort car elles se plient et se déplient à la vitesse de l'éclair. Malheur à qui passera dans leur rayon d'action ! Ceci étant dit c'est également grâce à elles que la Mante peut s'accrocher à la végétation pour s'y hisser ou s'y déplacer.

 

 

Comme nous venons de le lire, la Mante est carnivore. Parfois appelée ''tigre de l'herbe'', elle ne se nourrit que de proies vivantes parmi lesquelles figurent punaises, criquets, sauterelles, chenilles, mouches… Au jardin elle est très active et détruit de nombreux insectes dits nuisibles. Pour s 'en saisir, elle se tient immobile, les 2 pattes antérieures repliées, comme pour prier, d'où son nom de Prie Dieu. Elle peut rester dans cette position durant de longues minutes, minutes pendant lesquelles ses capteurs sont en alerte, guettant patiemment le criquet imprudent qui ne l'aurait pas repérée… Ce qui se passe alors ne s'adresse pas aux âmes sensibles. L'insecte saisi sera maintenu par les épines puis immédiatement décapité par les mandibules, sa tête faisant office de hors d'œuvre. Puis viendront les pattes, l'abdomen…, la Mante délaissant les parties trop dures.

La Mante s'accouple en fin d'été. Pour continuer dans l'horreur, certains observateurs rapportent que le mâle se fait parfois dévorer pendant l 'accouplement…
Peu après l'accouplement, la femelle va secréter une substance blanchâtre et gluante qui ressemble à de la mousse de polyuréthane ; elle va la déposer sur une pierre, une grosse branche… la façonner et y construire de nombreuses alvéoles dans lesquelles elle pourra déposer jusqu'à 300 œufs. Cette petite merveille architecturale est appelée oothèque (photo ci-contre). Au contact de l'air le matériau va durcir et protéger les œufs jusqu'au printemps suivant. Après cette ultime étape de sa vie la femelle mourra…

En mai -juin naîtront des centaines de larves dont une grande partie sera dévorée par les araignées, les fourmis, les lézards. Ces pertes seront compensées par la dizaine d'oothèques que la Mante aura façonné durant sa vie. Les rescapées se nourriront de pucerons et pourront alors entreprendre une série de 6 métamorphoses. Ce n'est qu'alors qu'elles prendront leur forme d'adulte.