Vie et mœurs du Taconnet.

Texte et photos: Bernard GRZEMSKI

Nous sommes en février. L'hiver semble ne pas vouloir se terminer. Il fait froid, le ciel gris hésite entre pluie et neige. De temps à autre, une éclaircie laisse entrevoir des jours meilleurs…
D'ailleurs, pour qui sait observer et repérer les premiers signes annonciateurs du printemps, il en est un qui ne trompe pas: les chatons du Noisetier (Corylus avellana) se sont particulièrement allongés et ont pris une belle couleur jaune. Il est vrai qu'à cette période de l'année, l'absence de feuilles sur les arbres permettra une dispersion efficace du précieux pollen par le vent.
C'est au cours d'une balade par un bel après-midi ensoleillé, qu'une "" jaune, là tout au bord du chemin, attirera votre attention. Voilàles toutes premières fleurs pointent le bout de leurs pétales; il va falloir songer sérieusement à ressortir les guides de botanique…


"fleurs de Pissenlit" ! diront des personnes inattentives.
Et voilà! première erreur de détermination!!! Car la présence de nombreuses écailles violacées disposées en spirale sur les tiges est un des critères qui permet d' identifier le Tussilage (Tussilago farfara). Autre détail qui doit attirer l'attention: l'absence de feuilles au début de la floraison. Les tiges hautes de 10 à 30 cm ne portent qu'un seul bouton ou un seul capitule.
Le Tussilage est une plante commune dans toute la France, que ce soit en plaine ou en montagne jusqu'à 2300m. Il recherche particulièrement les sols frais qu'ils soient caillouteux, limoneux, marneux ou argileux. Un vieux proverbe français dit d'ailleurs: "à Taconnet, laisse-la où elle est
Terre à Renoncule rampante, achète-la si tu peux."

C'est une espèce héliophile qui affectionne les sites rudéralisés où la terre a été laissée à nu; il est alors capable de les coloniser rapidement. Le Tussilage fait donc partie de ces plantes dites pionnières qui participent à la mise en œuvre de la dynamique végétale. Ses rhizomes vont aérer le sol, dynamiser et optimiser sa vie microbienne; après décomposition, feuilles et tiges enrichiront le terrain en humus ce qui permettra ainsi à d'autres espèces de s'installer…

Le capitule du Tussilage peut atteindre 12 à15 mm de diamètre. Il est composé de fleurs tubulées au centre et de plusieurs dizaines de fleurs ligulées sur le pourtour. Elles sont entourées de nombreuses bractées (voir feuille d'Aubépine n°7 page 14).
Toutes les plantes qui présentent cette particularité sont regroupées au sein d' une même famille les Astéracées. Cette famille s'appelait autrefois les Composées, du fait de la présence de nombreuses fleurs sur un même capitule.


Capitule de Tussilage

 


Le transport du pollen d'une fleur à une autre est assuré par les insectes mais également par le vent. Dans ce cas, il est bien aléatoire pour un grain de pollen ''d'atterrir'' sur un stigmate dont la taille n'excède pas 1 ou 2 mm; c'est pour cette raison que ces plantes libèrent des quantités impressionnantes de pollen.
Une fois la fécondation réalisée, la tige du Tussilage s'allonge progressivement pour que les fruits mûrs soient plus exposés au vent. C'est encore lui qui assurera leur dispersion grâce au pappus qui surmonte l'akène, fruit sec ne contenant qu'une seule graine.

Quant aux feuilles, elles n'apparaîtront qu'en fin de floraison voire lorsque celle-ci sera terminée. Elles sont toutes basilaires, longuement pétiolées, de forme arrondie, plus ou moins anguleuses et peuvent atteindre 20 cm de largeur. Elles sont cordées à la base, vertes sur le dessus mais couvertes de poils blancs gris tomenteux sur le dessous. Leur forme particulière, (elles ressemblent à l'empreinte laissée par la patte d'un âne) justifie le nom commun attribué au Tussilage : Pas d'âne. Selon les régions il est encore appelé Pied de cheval, Herbe aux pattes, Taconnet